Publié le 2 octobre 2018 – Mis à jour le 10 janvier 2019

En septembre 2018, le gouvernement a officialisé son projet de réforme des études de santé. Un mois plus tard, un groupe de travail constitué de présidents d’université, de doyens de facs de médecine et de représentants des étudiants a été mis en place pour dessiner les principaux traits du nouveau système de sélection des aspirants médecins. Spécialisées en classes préparatoires aux concours médicaux et paramédicaux, les équipes Supexam font le point sur ce que l’on sait déjà des conclusions de ces concertations, présentées officiellement le 11 décembre.

Le numerus clausus des concours PACES, c’est quoi ?

La pomme de discorde, c’est le numerus clausus. Expression latine traduisible littéralement par nombre fermé, elle désigne une limitation discriminatoire du nombre de personnes admises à un concours, à une fonction ou à un grade, conformément à une décision prise par une autorité. Dans le contexte des études de médecine, elle désigne le nombre d’étudiants décrété par l’État autorisés à passer de la 1ère année de fac de médecine à la 2ème année.

 

En France, le numerus clausus est une tradition vieille de 50 ans, instaurée juste après les évènements de mai 68. Institué en 1971, le numerus clausus est censé s’adapter aux besoins jugés utiles pour le pays. En moyenne, toutes filières confondues (médecine, odontologie, pharmacie et sage-femme), seuls 20 % environ des étudiants de 1ère année parviennent à passer en 2ème année. En 2018, sur 60 000 inscrits en PACES, seules 13 500 personnes ont réussi le concours de la 1ère année.

Pourquoi le gouvernement souhaite-t-il une réforme du numerus clausus ?

Dès la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron n’a fait aucun secret de son désir de rejeter le numerus clausus. Le candidat d’En Marche ! l’avait jugé “injuste et inefficace” et avait promis de former “davantage de praticiens”. Devenu Premier ministre, Edouard Philippe avait pour sa part annoncé une “réflexion sans tabou” sur la formation des personnels de santé, et en particulier sur le numerus clausus.

 

Plus récemment, en septembre 2018, le Président de la République avait été plus loin, déclarant : “Le système est absurde. Aujourd’hui, c’est un gâchis qui concerne chaque année 25 000 étudiants”. Au même moment, Agnès Buzyn annonçait que cette mesure visait à “résoudre le mal-être des étudiants en médecine”.

Quel est le calendrier de la réforme des études de santé ?

Le rapport résumant les travaux du groupe de travail constitué à la demande du gouvernement sera officiellement présenté le mardi 11 décembre 2018. Le magazine d’actualité L’Obs a eu accès à ce rapport ; Supexam se base sur les informations de l’hebdomadaire couplées à d’autres sources spécialisées. Selon le média, un quasi-consensus a été trouvé pour que soit respecté le calendrier suivant :

  • finalisation d’un texte de loi avant la fin de l’année 2018
  • vote de la loi en mars 2019
  • organisation des universités avant l’ouverture de la session 2019-2020 de Parcoursup

Le “Portail santé” va-t-il remplacer la PACES ?

Aux premières heures de sa réforme de la santé, le gouvernement avait manifesté le souhait de remplacer la Première année commune aux études de santé (PACES) par un premier cycle universitaire généraliste. L’ambition ? Ne plus procéder à une sélection drastique dès la fin de la première année post-bac, mais préférer un écrémage des étudiants à partir de leur première année jusqu’à leur troisième année d’études.

 

Toutefois, les universitaires ont souligné l’impossibilité de gérer des flux aussi importants d’étudiants dans une discipline encore en germe : les sciences de la santé. Le groupe de travail s’est donc mis d’accord sur un système de sélection d’au moins la moitié des aspirants médecins (de 50 % à 70 % selon L’Obs) à l’issue d’une nouvelle première année. Outre une appellation différente – le nom “Portait santé” supplanterait celui de “PACES” –, cette nouvelle première année ne permettrait aucun redoublement. Dans la pratique :

  • les étudiants n’ayant pas obtenu la moyenne devraient s’inscrire dans une autre licence
  • les étudiants ayant reçu une moyenne suffisante pour valider leur année mais insuffisante pour passer en deuxième année seraient réorientés vers une licence universitaire proposée par leur université

Qu’est-ce que la “mineure santé” et en quoi va-t-elle impacter les études de médecine ?

La mineure santé constitue la principale innovation de la réforme des concours de médecine. Avec elle, des étudiants en matières scientifiques non médicales – mathématiques, biologie, etc. – mais également des étudiants de filières non scientifiques – histoire, philosophie, etc. – pourront accéder aux filières médicales à l’issue de leur Licence 2, de leur Licence 3 ou encore de leur Master. La condition sine qua non à cette passerelle ? Que les notes de ces étudiants soient particulièrement bonnes, d’abord, mais aussi et surtout que ces étudiants aient suivi une “mineure santé” en parallèle de leur discipline. Les étudiants réorientés en licence généraliste après un échec en Portail santé pourraient également suivre cette mineure.

 

Visant à favoriser la diversification des profils, ce point de la réforme irait donc dans le sens des expérimentations d’alternatives à la PACES menées depuis quelques années, à l’instar d’AlterPACES, recrutant les meilleurs éléments des licences scientifiques sur dossier et entretien. Selon L’Obs, les universités se seraient engagées à recruter via cette voie environ un tiers des étudiants en deuxième ou troisième année.

 

Le groupe de travail se refuse à présenter cette mineure santé comme une voie d’accès de seconde zone aux études médicales. Bien au contraire, la filière sera présentée sur la plateforme Parcoursup comme une voie normale d’accès aux études médicales et paramédicales, tout comme le Portail santé. Objectif affiché : désengorger ce Portail santé pour ne pas reproduire les erreurs de la PACES.

Que signifie l’expression “numerus apertus” et comment va-t-elle remplacer le numerus clausus ?

Dans le cadre de la réforme des études de santé, une expression avait été relayée par Clara Bonnavion, la présidente de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) : celle de “numerus apertus“. Le groupe de travail semble avoir adopté cette pratique au détriment de l’actuel numerus clausus. Le principe ? Donner à chaque université une fourchette assez large permettant de se positionner entre un chiffre plancher et un chiffre plafond concernant le nombre d’étudiants acceptés en études de médecine.

 

Dans la pratique, les quelques étudiants dont le niveau sera jugé comme suffisant pour poursuivre des études médicales, mais qui n’auront pas obtenu des résultats suffisants pour s’intégrer au chiffre plancher fixé par l’État, pourront être “repêchés”. Ce numerus “ouvert” offre donc une marge de manœuvre nouvelle aux facultés. Cette nouvelle régulation est faite non pas pour augmenter radicalement le nombre de professionnels de santé, mais pour s’adapter aux besoins régionaux et départements (autrement dit lutter contre les déserts médicaux).

La réforme des études de santé va-t-elle vraiment valoriser des compétences “humaines et sociales” ?

“Écoute”, “empathie”, “analyse” : si ces mots ont été évoqués lors de la présentation du plan Santé par le gouvernement, c’est parce qu’ils ont vocation à remplacer (en partie seulement) l’apprentissage par cœur apparenté à la PACES. Pour les ministres en charge de la réforme, il s’agit de renforcer la dimension humaine du métier.

 

Pour le groupe de travail, cette dynamique doit passer par une évolution des critères d’admission – des critères qui, à ce jour, restent à déterminer. Le binôme étude de dossier et oraux de motivation adopté par AlterPACES séduit, mais parait peu réalisable à échelle nationale ; en effet, les nouveaux aspirants médecins sont chaque année plusieurs milliers. En conclusion, si une transformation se dessine bel et bien, les épreuves écrites purement académiques ne devraient pas disparaître du jour au lendemain.

Quand la réforme des études de santé a-t-elle été annoncée ?

Le 18 septembre 2018 était publiée, sur le site officiel du ministère des Solidarités et de la Santé, une page titrée “Ma santé 2022” : les 10 mesures phare de la stratégie de transformation du système de santé. Le texte évoque un “système de santé […] devenu inadapté” et qui “ne répond plus aux attentes des patients et nourrit le mécontentement des professionnels de santé”. S’ensuit une liste de mesures articulées autour de trois engagements prioritaires :

  • placer le patient au cœur du système et faire de la qualité de sa prise en charge la boussole de la réforme
  • organiser l’articulation entre médecine de ville, médico-social et hôpital pour mieux répondre aux besoins de soins en proximité
  • repenser les métiers et la formation des professionnels de santé

 

Les deux dernières mesures annoncées concernent directement la réforme des études de santé :

  • suppression du numerus clausus et refonte des premiers cycles des études en santé autour de processus d’orientation progressifs encourageant les passerelles et la diversification des profils
  • réforme du 2e cycle des études médicales et suppression des épreuves classantes nationales pour une orientation tenant mieux compte des compétences et aptitudes des élèves et de leur projet professionnel

Par qui la réforme de la santé est-elle menée ?

Trois acteurs principaux, nommés sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé, ont été chargés de mener la réforme souhaitée par le Président de la République :

  • Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé
  • Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
  • Jean-Paul Saint-André, universitaire français et professeur de médecine spécialisé en anatomopathologie

Quelles sont les autres mesures s’inscrivant dans cette réforme de la santé ?

La suppression du numerus clausus n’est pas la seule mesure souhaitée par Agnès Buzyn dans le cadre du plan “Ma santé 2022”. Dans un long entretien accordé au journal Le Parisien le 18 septembre 2018, la ministre des Solidarités et de la Santé annonçait que les crédits de l’assurance maladie augmenteraient de 2,5 % dès 2019, correspondant à près de 400 millions d’euros supplémentaires.

 

Agnès Buzyn a également évoqué la création de 4 000 postes d’assistants médicaux censés “décharger” les médecins des tâches administratives et de certains “actes simples comme une prise de tension ou de température”. En outre, environ 400 postes de médecins salariés seraient créés dans les déserts médicaux “pour permettre aux patients d’accéder à une consultation généraliste”.

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14 Commentaires

  1. bonjour, je voulais savoir si cette reforme concerne aussi les étudiants ayant malheureusement raté la paces 2 fois ou si mineure santé peux aussi concerné ce type d’étudiant ?

    • Bonjour Marie,
      Nous n’avons pas d’information claire à ce sujet. Tout porterait à croire que oui mais peut être certaines conditions seront ajoutées ultérieurement. Je vous conseille d’attendre les nouvelles concernant votre Faculté et d’assister aux portes ouvertes de votre fac de médecine afin de poser la question.

  2. Bonjour
    je suis actuellement en L1 de Psychologie . Si durant ma L2 je décide de faire la mineur santé , pourrais-je rentré en médecine lors de ma L3?
    merci d’avance pour votre réponse

    • Bonjour,
      la réforme s’appliquera à partir de la rentrée 2020. Il ne sera donc pas possible de suivre une mineure santé l’année prochaine, il faudra donc attendre la rentrée 2020.
      De plus, il faudra vous renseigner pour savoir si la faculté de Médecine de votre région passera une convention avec votre faculté de psychologie. En effet, les facultés de médecine pourront choisir les filières et facultés qui seront éligibles à une entrée en deuxième ou troisième année d’études médicales. Ainsi nous vous conseillons de rester patiente et de vous renseigner directement auprès de votre fac à la rentrée prochaine.

  3. Bonjour,

    je souhaite faire des études d’infirmières et je voulais savoir si il été possible d’accéder aux études de dentaire grâce à une mineur santé avec la formation d’infirmière ?

    • Bonjour, une fois votre diplôme d’infirmière en poche vous pourrez postuler sur dossier + entretien pour entrer directement dans une filière médicale (sans recours à une mineure santé). Bonne journée.

  4. Bonjour,

    Je suis Neuropsychologue de formation. J’ai passé deux le PACES anciennement PCEM1 en 1999-2001 et j’ai même déposé un dossier pour une passerelle Master-études médicales en 2012 qui, malheureusement n’a pas été acceptée.
    Quel recours me reste-t-il ? Je suis TOUJOURS, même plusieurs années après, très désireux pour reprendre des études d’odontologie. En tant que Neuropsychologue, le milieu hospitalier et médical me sont très familier et j’ai pu acquérir beaucoup de connaissances médicales depuis!!!! Je vous avoue mon incompréhension quand je vois qu’il n’existe aucune passerelle via un diplôme d’état de neuropsychologue qui, me semble-t-il, être un domaine très proche du médicale étant donné les différents services et pathologies qu’on peut approcher.
    Merci d’avance pour votre ou vos réponses
    Cordialement,

    • Bonjour, votre cas est très spécifique. Ceci étant dit, avec la réforme en cours, il devrait vous être possible de postuler à nouveau pour le dossier passerelle car la volonté de cette réforme est de diversifier les voies d’accès aux études médicales. Encore un peu de patience la réforme étant effective pour l’année scolaire 2020-2021. Bonne journée.

      • Merci de votre réponse. Il est, tout de même, difficile d’avoir les bonnes informations concernant les voies possibles permettant de reprendre des études médicales.
        Donc si je comprends bien, je n’aurai pas besoin de recommencer le parcours du début mais plutôt de redéposer un dossier pour la passerelle en 2ème année avec mon niveau Master ?
        Merci encore.
        Bonne fin de journée à vous.

  5. Bonjour, je souhaiterais savoir si vous avez des informations concernant la réforme du concours orthophoniste pour l’année prochaine ? Car j’ai entendu dire qu’ils risquaient d’être supprimés. Merci.

    • Bonjour, le concours d’orthophoniste sera partiellement maintenu l’année prochaine: entre 5 et 8 des 20 écoles d’orthophonie devraient maintenir un concours écrit. Les autres écoles sélectionneront sur dossier les candidats admissibles. Dans les deux cas il y aura le maintien d’un oral de sélection (après l écrit ou après la sélection sur dossier). Tout cela sera annoncé officiellement d’ici peu (ça aurait déjà dû être le cas).

  6. Bonjour, je suis en école d’infirmière 2ème année et je serai diplômée en 2020. J’aimerai reprendre des études médicales après ma formation d’infirmière et j’aimerai savoir comment faire. Suis-je obligée de passer par la PACES ou du moins le “Portail santé” ? Y a-t-il une autre alternative ? Merci.

    • Bonjour
      Un arrêté publié le 21 avril 2017 au Journal officiel ouvre l’accès aux études de médecine soit en deuxième année soit en troisième année. Les diplômés infirmiers sont concernés par ces nouvelles dispositions.
      Bonne journée

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