Au mois de septembre 2018, le gouvernement a officialisé son projet de réformer le système de quotas limitant le nombre d’étudiants en deuxième année de médecine. Mais pour l’heure, que sait-on vraiment de cette réforme des études de santé ? Spécialisées en classes préparatoires aux concours médicaux et paramédicaux, les équipes Supexam font le point.

Le numerus clausus des concours PACES, c’est quoi ?

La pomme de discorde, c’est le numerus clausus. Expression latine traduisible littéralement par nombre fermé, elle désigne une limitation discriminatoire du nombre de personnes admises à un concours, à une fonction ou à un grade, conformément à une décision prise par une autorité. Dans le contexte des études de médecine, elle désigne le nombre d’étudiants décrété par l’État autorisés à passer de la 1ère année de fac de médecine à la 2ème année.

 

En France, le numerus clausus est une tradition vieille de 50 ans, instaurée juste après les évènements de mai 68. Institué en 1971, le numerus clausus est censé s’adapter aux besoins jugés utiles pour le pays. En moyenne, toutes filières confondues (médecine, odontologie, pharmacie et sage-femme), seuls 20 % environ des étudiants de 1ère année parviennent à passer en 2ème année. En 2018, sur 60 000 inscrits en PACES, seules 13 500 personnes ont réussi le concours de la 1ère année.

Comment la PACES devrait-t-elle changer avec la réforme des études de santé ?

C’est l’un des objectifs annoncés : diversifier le profil des étudiants. Lors d’une première réunion de concertation menée en octobre 2018 et rapportée par le journal Le Quotidien du médecin, “un modèle prévisionnel basé sur deux types de cursus a été proposé aux représentants des étudiants santé par les tutelles”. Dans ce modèle, les facultés pourraient choisir de proposer une Licence comportant une majorité d’Unités d’Enseignements axés sur la santé ; ce cursus s’accompagnerait d’UE dites “mineures” telles que l’économie, le droit ou encore le management. Les étudiants candidateraient à la fin de la première année de Licence ou de la deuxième ou de la troisième en médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique et kinésithérapie.

 

En parallèle, une autre voie pourrait aussi mener vers des études de santé. Après l’obtention de son baccalauréat – plus nécessairement en filière Scientifique –, un étudiant choisissant d’entrer dans une Licence de droit ou d’économie, par exemple, pourrait opter pour un parcours présentant des UE dites mineures en santé. Ces étudiants auraient la possibilité de candidater aussi, à la fin de leurs L1, L2 ou L3, aux filières de santé.

 

Selon le journal spécialisé, c’est donc une Licence “majeur” santé et une autre “mineur” santé qui semble se dessiner pour favoriser la diversification des profils. Ce point de la réforme irait donc dans le sens des expérimentations d’alternatives à la PACES menées depuis quelques années, à l’instar d’AlterPACES.

Est-ce la fin des concours de médecine ?

L’annonce de la fin du numerus clausus dès la rentrée 2020 laisse-t-elle entrevoir la fin des concours de médecine ? Dans une longue interview accordée au média spécialisé Egora en septembre 2018, Antoine Tesniere, en charge du volet formation de la réforme, s’est voulu plus mesuré. L’enseignant chercheur à l’université Paris Descartes et co-fondateur du laboratoire de recherche sur la simulation en santé Ilumens insiste sur le fait qu’”un certain nombre de choses sont encore à décider”. L’objectif, pour lui, est d’évoluer vers “des formations plus pertinentes” qui doivent permettre “de sortir du système de sélection brutale et inique du concours de la PACES en évoluant vers l’orientation des étudiants en fonction de leurs compétences, des projets professionnels et des postes disponibles”.

 

“Les capacités d’accueil ne seront pas infinies”, souligne le professeur Antoine Tesniere. “On gardera un seuil minimal”, assure-t-il. “Il faut garantir la formation d’un certain nombre de médecins pour les besoins de la population”. Mais “il y aura aussi évidemment un seuil maximal. Comme dans n’importe quelle filière. Si vous prenez les STAPS, les capacités d’accueil sont limitées”. Pour lui, “le nombre d’étudiants formés pourrait augmenter, mais de façon limitée. On ne va pas doubler ou tripler le nombre d’étudiants formés, on n’est pas en capacité de le faire”.

 

Dès lors, les critères de sélection vont-ils varier d’une faculté à une autre ? “Cela fait aussi partie des choses à arbitrer dans les groupes de travail”, assure M. Tesniere. “J’imagine qu’il puisse y avoir des grands cadres communs, et que chaque université adapte en fonction de ses prérequis pédagogiques”.

Que signifie l’expression “numerus apertus” ?

Dans le cadre de la réforme des études de santé, une expression a été relayée à plusieurs reprises par les médias : celle de numerus apertus. C’est Clara Bonnavion qui s’en est faite l’écho. Pour la présidente de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), le numerus clausus pourrait laisser la place à un numerus apertus, autrement dit un système qui laisserait la liberté à chaque faculté de former autant de médecins qu’elle le décide au-dessus d’une limite basse fixée par le gouvernement.

Quand la réforme des études de santé a-t-elle été annoncée ?

Le 18 septembre 2018 était publiée, sur le site officiel du ministère des Solidarités et de la Santé, une page titrée Ma santé 2022 : les 10 mesures phare de la stratégie de transformation du système de santé. Le texte évoque un “système de santé […] devenu inadapté” et qui “ne répond plus aux attentes des patients et nourrit le mécontentement des professionnels de santé”. S’ensuit une liste de mesures articulées autour de trois engagements prioritaires :

  • placer le patient au cœur du système et faire de la qualité de sa prise en charge la boussole de la réforme
  • organiser l’articulation entre médecine de ville, médico-social et hôpital pour mieux répondre aux besoins de soins en proximité
  • repenser les métiers et la formation des professionnels de santé

Par qui la réforme de la santé est-elle menée ?

Trois acteurs principaux, nommés sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé, ont été chargés de mener la réforme souhaitée par le Président de la République :

  • Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé
  • Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
  • Jean-Paul Saint-André, universitaire français et professeur de médecine spécialisé en anatomopathologie

Pourquoi le gouvernement souhaite-t-il une réforme du numerus clausus ?

Dès la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron n’a fait aucun secret de son désir de rejeter le numerus clausus. Le candidat d’En Marche ! l’avait jugé “injuste et inefficace” et avait promis de former “davantage de praticiens”. Devenu Premier ministre, Edouard Philippe avait pour sa part annoncé une “réflexion sans tabou” sur la formation des personnels de santé, et en particulier sur le numerus clausus.

 

Plus récemment, en septembre 2018, le Président de la République avait été plus loin, déclarant : “Le système est absurde. Aujourd’hui, c’est un gâchis qui concerne chaque année 25 000 étudiants”. Au même moment, Agnès Buzyn annonçait que cette mesure visait à “résoudre le mal-être des étudiants en médecine”.

Quelles sont les autres mesures s’inscrivant dans cette réforme de la santé ?

La suppression du numerus clausus n’est pas la seule mesure souhaitée par Agnès Buzyn dans le cadre du plan “Ma santé 2022”. Dans un long entretien accordé au journal Le Parisien le 18 septembre 2018, la ministre des Solidarités et de la Santé annonçait que les crédits de l’assurance maladie augmenteraient de 2,5 % dès 2019, correspondant à près de 400 millions d’euros supplémentaires.

 

Agnès Buzyn a également évoqué la création de 4 000 postes d’assistants médicaux censés “décharger” les médecins des tâches administratives et de certains “actes simples comme une prise de tension ou de température”. En outre, environ 400 postes de médecins salariés seraient créés dans les déserts médicaux “pour permettre aux patients d’accéder à une consultation généraliste”.